Nan Goldin This will not end well

Rédigé par Paula Classé dans : Photographie

Grand Palais
du 18 mars au 21 juin 2026

Rendre visible les invisibles

Nancy Goldin dite Nan Goldin, née le 12 septembre 1953 à Washington D.C., présente au Grand Palais et dans la Chapelle Saint-Louis de la Salpétrière une rétrospective de son travail photographique. Recompensée dans de nombreux pays, Nan Goldin est une figure essentielle du monde photographique contemporain. Présenté dans des pavillons thématiques créés par l’architecte Hala Wardé, l’ensemble de l’oeuvre constitue un village.

Son travail – amorcé dès 1979 et reconnu en France dès 1987 - s’apparente à un journal intime, un documentaire autobiographique. Ses amis, ses amours, ses relations en sont les sujets, saisis sur le vif, sans recherche systématique de faire de belles prises de vue bien cadrées ou bien exposées. L’intérêt de ses montages est de rendre visible les invisibles, les communautés underground : homosexuels, transgenres, drag-queens, marginaux que la société refusait de voir. Ses œuvres racontent ses expériences : histoires d’amitié, d’amour, de violence, d’identité et de genre, mais aussi de pertes notamment celles liées au sida. Elles évoquent également l’enfance, à travers le récit du suicide de sa sœur, la dépendance au sexe et à la drogue mais aussi l’art.

Témoin de son époque, Nan Goldin veut inscrire son travail comme une œuvre cinématographique. Les diaporamas et montages sonores présentés ici, désormais numérisés, reprennent les bandes-son originales - avec leurs imperfections - composées principalement d’extraits musicaux. Ce passage au numérique fixe une œuvre autrefois vivante, initialement présentée sous forme de diapositives présentées manuellement.

Nan Goldin a toujours été une artiste militante très engagée. Investie dans Act up et Visual Aids elle a fondé en 2017 le groupe P.A.I.N. pour dénoncer la crise des opioïdes et la responsabilité des grands laboratoires pharmaceutiques. Avec le groupe OxyJustice elle a contribué à la condamnation de la famille Sackler, par ailleurs mécène de nombreux musées. Aujourd’hui, Nan Goldin s’engage encore et présente en parallèle de ses cinq modules au Grand Palais un montage de témoignages de journalistes et d'habitants de Gaza sur le conflit en cours.

Cette exposition interroge sur la frontière entre démarche artistique et travail documentaire. C’est peut-être le jeune public qui n'a jamais connu les années représentées qui répondra le mieux à cette question.

Grand Palais